jeudi 15 septembre 2011

Honneur et Vertu

« La Cité n'est donc pas précisément une communauté de lieu, ni n'a été instituée pour le simple effet de se préserver des injustices d'autrui ou d'entretenir commerce. Tout cela doit exister avant la formation de l'Etat, mais ne suffit pas à le constituer.

La Cité est une société établie, par maisons et familles, pour vivre bien, c'est-à-dire pour mener une vie parfaite et qui se suffise. Or, cela ne peut se faire que par la proximité d'habitation et par les mariages. C'est pour la même fin qu'ont été instituées dans les villes les sociétés particulières, les corporations religieuses et profanes et toutes les autres liaisons, affinités ou manières de vivre les uns avec les autres, ouvrage de l'amitié, comme l'amitié est elle-même l'effet d'un choix respectif.

La fin de la société civile est donc de vivre bien ; toutes ses institutions n'en sont que les moyens et la Cité même, qu'une grande communauté de familles et de bourgades, où la vie trouve tous ces moyens de perfection et suffisance. C'est là ce que nous appelons une vie heureuse et honnête. La société civile est donc moins une société de vie com­mune qu'une société d'honneur et de vertu….

Des mêmes principes dépend le bonheur de l'Etat. Il est impossible qu'un Etat soit heureux si l'honnêteté en est bannie. Il n'y a rien de bon à en attendre, pas plus que d'un particulier, sans la vertu et la prudence; le courage, la justice et la prudence y ont le même caractère et la même influence que dans les particuliers ; ce sont exacte­ment les mêmes qui nous méritent la réputation de coura­geux, justes et prudents.

Que ceci nous serve de préface. Nous n'avons pu nous dispenser de rappeler ces principes ; mais comme ils appar­tiennent à une autre théorie, nous ne leur donnerons pas ici plus d'étendue. Il nous suffira, quant à présent, d'avoir établi que la meilleure existence, pour chacun en particu­lier et pour les Etats en corps, c'est la vertu avec assez de fortune pour pouvoir la pratiquer. »

Aristote

Le Toba

L’éruption du super volcan indonésien de Toba a-t-elle failli causer la disparition de l’Homo sapiens il y a 73.000 ans ? En montrant que les forêts de l’Inde ont été sérieusement touchées à cette époque, un groupe de chercheurs renforce l’idée que la réponse à cette question est bien « oui ».

Il y a environ 73.000 ans, un super volcan, comme celui de Yellowstone, entrait en éruption dans l’île de Toba en Indonésie. La quantité de cendres crachée par ce volcan a été estimée à pas loin de 800 kilomètres cubes. Pour mémoire, le Pinatubo, coupable d'éruptions impressionnantes au début des années 1990, n’a émis que 10 kilomètres cubes de cendres et le St Helens seulement 2,9. Or, les cendres du Pinatubo, en modifiant l’albédo de la Terre, ont suffi à faire baisser sa température moyenne de 0,6°C pendant deux à trois ans. On en déduit que l’éruption du Toba a dû affecter le climat terrestre de façon importante. L'exemple du Krakatoa montre aussi que les cendres et les aérosols pulvérisés dans la haute atmosphère lors des éruptions sont bien en mesure de provoquer un refroidissement global de la planète.

Or les biologistes moléculaires ont découvert il y a plus de dix ans que l’humanité était anormalement peu diversifiée du point de vue génétique, comme si elle avait subi ce qu’on appelle un goulot d’étranglement dans le langage des spécialistes de l’évolution. En se basant sur les horloges moléculaires, ils en avaient déduit que cette absence de diversification importante s’expliquait par l’idée que, il y a environ 73.000 ans, un groupe de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’individus tout au plus avait été à l’origine de l’ensemble des hommes existant aujourd’hui. Pour une raison alors inconnue, l’humanité aurait échappé de peu à une extinction.


Un âge de glace de plus d'un millénaire

En 1998, un professeur d’anthropologie de l’Université de l’Illinois, Stanley Ambrose, proposa de relier les deux événements. Selon lui, l’éruption de Toba qui a laissé une caldera aujourd’hui occupée par un lac de 100 kilomètres de long pour 35 de large, a dû suffisamment perturber le climat pour que la température moyenne de la planète chute de pas loin de 16°C. Cet âge de glace instantané aurait duré 1.800 ans environ, largement de quoi décimer la population humaine de cette époque.

Bien que séduisante, cette théorie a subi quelques critiques depuis lors. L'une des principales objections est venue de la découverte de pierres taillées montrant qu’au moins un groupe d’humains vivant à proximité de l’Indonésie, plus précisément dans le sud de l'Inde à Jwalapuram, était semble-t-il passé sans encombre à travers cet épisode.

Une simulation numérique montrant l'impact possible de l'éruption de Toba sur la température de surface de la Terre. Une brusque montée de l'albédo de la planète provoque un refroidissement rapide et important en quelques années seulement. Crédit : Nasa

C’est visiblement pour lever ce doute qu’Ambrose a joint ses forces à celles de Martin A.J. Williams, un chercheur de l’Université d’Adélaïde en Australie qui avait découvert une couche de cendres laissées par l’éruption de Toba en Inde. Ces chercheurs ont analysé les pollens piégés dans des sédiments marins de la baie du Bengale ainsi que les rapports isotopiques des noyaux de carbone dans des carbonates situés en dessous et en dessus de la couche de cendres du Toba à trois endroits de l’Inde centrale.

On sait que selon le type de végétation, les rapports isotopiques du carbone ne sont pas les mêmes. Il est ainsi possible de dire si, à une période et en un endroit donnés, le couvert végétal était constitué de forêts ou de prairies.

Comme ils l’expliquent dans un article récemment publié dans le journal Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology, les chercheurs ont découvert des signes très convaincants d’un changement drastique dans la couverture végétale. Les forêts ont régressé et la pluviosité a baissé dans les régions de l’Inde centrale pendant au moins mille ans, juste après l’éruption du Toba.

Cela accrédite fortement la thèse d’une déforestation au niveau des tropiques et donc un climat plus froid. La théorie de la catastrophe de Toba en sort renforcée.

lundi 12 septembre 2011

A propos de la difficulté de la prise de décision

Au combat, on fait ce que l'on peut avec ce que l'on sait.
Maréchal FOCH

mardi 9 août 2011

Res Politis

Ai-je été utile à mes semblables ? Si oui, alors je me suis rendu service à moi-même.
Marc Aurèle

mercredi 20 juillet 2011

L'armée, la démocratie et le sacrifice d'un soldat

[...] Un commando de marine tué au combat n'est pas mort pour l'Afghanistan, les droits de l'homme ou des intérêts stratégiques. Il est mort pour la France. Un militaire français qui meurt au combat meurt toujours pour la France, quel que soit l'endroit où il perd la vie. La valeur de son sacrifice n'est pas liée aux objectifs politiques poursuivis.

Nous votons, nous élisons nos dirigeants politiques. Ils débattent, ils décident l'engagement des armées, ils en rendent compte à la nation. C'est la démocratie. A la suite de ces décisions politiques, ouvertes, débattues, approuvées, les commandos de marine reçoivent des missions, ils ne les discutent pas, ils les exécutent. Toujours au péril de leur vie. C'est ce qu'on attend d'une force militaire dans une démocratie : l'obéissance du militaire à la décision politique et la poursuite de l'objectif au péril de sa vie. La valeur de son sacrifice n'a pas de relation avec la victoire ou la défaite.

[...] Distinguer la légitimité d'une fin et les vertus des moyens est une des qualités fondamentales d'une démocratie. Au nom de cette qualité, que mes concitoyens honorent le sacrifice de mes camarades pour ce qu'il est et ne le jugent pas pour les fins qu'il sert.

Contre-Amiral Christophe Prazuck, Commandant la Force des Fusiliers Marins et Commandos

Hommage à nos morts, tombés pour la France

Homélie de Monseigneur Luc Ravel, évêque aux armées

C’est du cœur que partent nos paroles. Laissons notre cœur marquer d’abord nos paroles avec les sentiments qui l’habitent.
Parmi ces sentiments, il y a bien sûr une peine immense : comment ne pas être profondément et personnellement atteint par la disparition de 7 jeunes hommes, fleurons de notre nation, fils de nos familles, camarades de nos unités ?  
Mais dans cette peine se glissent d’autres sentiments. Car la tristesse n’arrive pas seule quand nous sommes en face de ces cercueils recouverts de notre drapeau. La douleur n’étouffe pas la palpitation de la fierté : une sobre mais grande fierté nous habite parce que ces hommes là ne sont pas décédés par accident ou de maladie. Ils sont morts pour la France.  Notre admiration pour leur courage se transforme en fierté d’appartenir à ce peuple, à ce grand corps aux mille visages dont les membres sont capables de donner leur vie pour ceux qu’ils aiment. Nous avons raison d’être fiers quand notre équipe nationale triomphe sur les stades. Mais nos joueurs n’y risquent que leur réputation. Ici, nos soldats jettent leur vie devant nous. C’est là leur noblesse de soldat, c’est là notre grandeur de français.

Cette noblesse du soldat nous invite à redire ce que signifie être militaire : être militaire, ce n’est pas d’abord être disponible ou même porter les armes. Etre militaire, c’est avant tout ne plus s’appartenir, ni même appartenir à sa propre famille : j’ai conscience de la dureté de ces propos tenus en présence de nos familles éprouvées par le deuil. Etre militaire, c’est appartenir à la Nation. Exister et agir pour elle. Vivre et mourir pour elle. 
En 1919, une énorme question s’était posée : devions-nous enterrer  nos morts ensemble dans des cimetières nationaux ou rendre aux familles les corps identifiés ? La polémique fit rage. Le père Doncoeur militait avec d’autres pour que restent ensemble ceux qui avaient péri ensemble. Dans un texte intitulé « Champ d’honneur », il écrivait cet émouvant appel aux mères et aux veuves :
« Il est mort au champ d’honneur,
Vous l’enlevez du champ d’honneur
Vous lui ravissez sa gloire
Et vous vous décevez. »  (Paul Doncoeur Aumônier militaire, éditions de la Loupe, pages 179)
En 1920, la France va rassembler ses morts dans d’immenses mausolées dignes de l’héroïsme de ces fils tués pour la Patrie. Certes, nous ne sommes plus en 1920, mais nous restons de ces hommes fixés sur l’éternel militaire : vivants ou morts, nous appartenons davantage à notre Patrie qu’à nos proches. Etre soldat ne relève pas de la sphère privée même si à la base il y a un choix personnel.
Alors que certains s’interrogent sur l’opportunité d’aller mourir pour les Afghans ou d’autres peuples, nous répondons inlassablement : c’est pour la France que nous mourons. Ici ou au bout du monde : ce n’est pas la première fois dans l’histoire que nos soldats meurent pour la France ailleurs qu’en France.

Puis-je justement prolonger ce propos avec une chanson  créée en 1885 et intitulée : « C’est un oiseau qui vient de France » ? Ce chant raconte l’histoire d’un oiseau qui « dans une bourgade lointaine, vint montrer son aile d’ébène. » Le voyant virevolter au-dessus d’un territoire ennemi, l’enfant, le vieillard puis la fillette, tous trois aux cœurs palpitant d’espérance, s’écrient successivement : « sentinelles, ne tirez pas. C’est un oiseau qui vient de France. » Mais ils ne seront pas entendus ainsi que le dit le dernier couplet :
« Il venait de la plaine en fleur
Et tous les yeux suivaient sa trace,
Car il portait nos trois couleurs,
Qui flottaient gaiement dans l’espace.
Mais un soldat fit feu,
Un long cri part et l’hirondelle,
Tout à coup refermant son aile,
Tombe expirante du ciel bleu. »
Et le refrain conclut :
« Il faut au cœur une espérance,
Rayon divin qui ne meurt pas,
Mais l’oiseau qui chantait là-bas,
Mais l’oiseau qui chantait là-bas,
Ne verra plus le ciel de France. »
« Il faut au cœur une espérance. » L’espérance est à portée de main : sachons la cueillir du fond du cœur. Elle porte en elle la certitude de la vie qui traverse, transperce et exténue la mort. L’Espérance chrétienne, nous l’avons dans l’exacte mesure où nous sentons en nous une vie que rien ne peut arrêter, pas même la mort. Et cette espérance ne trompe pas car le Christ est ressuscité d’entre les morts.
Alors pour tous ceux qui ne verront plus le ciel de France, tenons ferme la force de l’espérance.
Amen.

dimanche 3 juillet 2011

Théorie des supercordes

Théorie unifiée de l´Univers, qui postule que les ingrédients fondamentaux de la nature ne sont pas des particules ponctuelles sans dimensions, mais de petits filaments unidimensionnels appelés cordes. Cette théorie exige 10 dimensions spatiales et une de temps. L'Univers aurait subi une première brisure de symétrie quand trois de ces 10 dimensions spatiales se sont dilatées, tandis que les autres gardaient leur taille initiale, la longueur de Planck.

dimanche 29 mai 2011

Vers le soir abandonne toi a ton double destin :

Vers le soir abandonne toi a ton double destin :
Habiter le cœur du paysage et faire signe aux étoiles filantes
François Cheng

lundi 2 mai 2011

Avancer, coûte que coûte

Gémir sur un malheur passé, c'est le plus sûr moyen d'en attirer un autre.

jeudi 31 mars 2011

Le dépassement de sa propre personne

What we do in life echoes in Eternity.
Gladiator
Ridley Scott

Le grand Lino

Quand un homme qui pèse 120 kg parle, les hommes qui pèsent 60 kg écoutent.
Lino Ventura

Innover n'est pas facile

Les inventions ont atteint leur limite, et je ne conçois aucun espoir pour de développements futurs.
Julius Sextus Frontinus, ingénieur romain, 100 ans apr. J.-C.

C'est parfois dur..

Dès que nous naissons, nous pleurons d’être venus sur ce grand théâtre de fous.
Le Roi Lear
Shakespeare