jeudi 29 mars 2012

Johann Wallish, "Enfant du Danube, Fils de France"

La longue marche après Dien Bien Phu
Entraîné par la foule des prisonniers, je marche comme un mouton. J’ai mis quelques temps avant de retrouver mes esprits et mon sang-froid. 
Mon premier réflexe est alors de chercher les copains du 2e BEP et, par chance, j’en trouve quelques-uns.(…) 
Se reconnaître est ardu car nous sommes amaigris et sales, les visages noircis de crasse et mangés par la barbe. Nos vêtements sont déchirés, en loques, tâchés par la boue et le sang. Il est difficile de voir dans ces épaves humaines les fiers légionnaires parachutistes que nous étions avant d’arriver dans cette cuvette de malheur.

Il m’est pénible de parler des événements qui vont suivre. 
Comment expliquer l’inexplicable ? 
Comment avouer l’inavouable ? 
Il me faut plonger au plus profond de ma mémoire pour faire ressurgir les détails de l’enfer que j’ai vécu. Me souvenir à quel point j’ai été proche de la mort, me rappeler à quel point la captivité a été dure, physiquement et moralement. L’expression de la vérité crue est une épreuve, d’autant plus que ce que j’ai fait, pas fait ou vu faire est à peine compréhensible par une personne qui n’a pas connu cette situation.

Dans le récit de ma captivité, vous ne trouverez rien qui corresponde à une quelconque règle d’une vie civilisée. Pas plus que vous ne trouverez de notions d’humanité. Parce qu’il n’y en avait pas. Il y eut certes de beaux gestes mais si rares au milieu de tant d’avanies, de misères, de violence… 
A côté des devoirs de camaraderie et de solidarité qui régissent les relations entre soldats, vous verrez des attitudes égoïstes, inhabituelles, cruelles. Rien de ce qui est normal n’existe plus. Tout est balayé par une bestiale envie de survivre. Chaque jour qui passe est une victoire mais à quel prix !

"Enfant du Danube, Fils de France"
Johann Wallish et Laurent Grasser – Preuschdorf Editions

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire